La force de l’antisémitisme en Europe n’est pas une blague.
Malgré les négations du sieur Williamson1, entre l’invasion de Gaza, la large victoire de la droite israélienne aux dernières élections, l’opinion française et européenne n’a pas mâché ses mots à l’égard d’Israël. Beaucoup de commentateurs semblent être animés d’un esprit pro-palestinien davantage tiers-mondiste qu’antisémite, même s’il est indéniable que pour certains, le Juif, c’est l’ennemi.
Hier, le jeudi 12 février 2009, l’Anti Defamation League, une association de lutte contre l’antisémitisme créée aux Etats-Unis en 1913 par l’organisation B’nai B’rith, a publié un sondage commandé à l’institut TNS sur l’attitude à l’égard des Juifs en Europe.2 Cette enquête a été réalisée dans sept pays européens incluant la France, à raison de 500 sondés par pays, soit 3500 sondés. Précisons d’emblée que 500 personnes interrogées pour des pays de plusieurs millions d’habitants, c’est très peu. Les sondages en France tournent autour d’un peu moins de 1000 personnes.
- Entre 37% (Royaume-Uni) et 64% (Espagne) des sondés, par pays, pensent que les Juifs ont davantage de loyauté à l’égard d’Israël qu’envers leur propre pays (38% en France), soit 49% en moyenne sur les sept pays étudiés.
- 40% des sondés pensent que les Juifs ont trop de pouvoir dans le monde des affaires. Le Royaume-Uni minore à 15% tandis que la palme revient à la Hongrie avec 67%, contre 33% en France.
- À la question suivante, les Anglais minorent une fois de plus avec seulement 15% d’entre eux qui pensent que les Juifs ont trop de pouvoir dans la finance internationale contre 74% en Espagne et 27% en France (pour une moyenne de 41%).
- Enfin, les sondés britanniques ne sont que 20% à trouver que les Juifs parlent trop de la Shoah contre 56% en Hongrie (au coude-à-coude avec la Pologne et l’Autriche, 55%), un tiers en France et une moyenne de 44%.
Pour pouvoir mieux déterminer les personnes « antisémites », l’enquête décompte le pourcentage des sondés qui ont répondu positivement à au moins trois des quatre questions : la Hongrie, la Pologne et l’Espagne se démarquent du lot (47-48%) tandis que le Royaume-Uni reste à un taux très bas (10%) et la France se situe à 20%.
Comme pour beaucoup de sentiments extrêmes, les catégories les moins favorisées de la population sont les plus susceptibles d’avoir des tendances antisémites3 : la proportion des personnes « antisémites » s’élève chez les sondés de plus de 65 ans, chez ceux qui n’ont pas reçu d’éducation après l’âge de 17 ans et chez ceux qui gagnent moins de 11.000 euros par an.
La France peut se glorifier d’avoir les citoyens qui dissocient le mieux la politique israélienne des Juifs en général : seuls 10% se disent influencés par les actions d’Israël dans leur opinion sur les Juifs, contre 20% outre-Manche et 36% en Espagne, le maximum. Beaucoup d’Européens, par ailleurs, considèrent que les agressions contre les Juifs sont le fait de l’antisémitisme davantage que d’une simple opposition à Israël (c’est le sentiment de 48% des Polonais et des Hongrois et de 39% des Français).
Enfin, on peut décerner à nouveau le prix de la modération à la France : seuls 15% des sondés Français considèrent que les Juifs sont responsables de la crise économique mondiale, 16% au Royaume-Uni. Si les analyses de la crise financière et économique sont très souvent à côté de la plaque (qu’elles viennent des hommes politiques ou des journalistes), les imprécations à l’encontre du capitalisme n’ont pas versé dans le simplisme raciste. Malheureusement, ce taux monte à 46% chez les Hongrois, 43% chez les Autrichiens et 38% chez les Polonais…
Les conclusions de ce sondage ne doivent pas être surestimées mais elles demeurent inquiétantes. Si la méthodologie montre quelques faiblesses, les sentiments les plus imbéciles à l’égard des Juifs, en ces circonstances de crise mondiale violente, restent d’actualité. Cette étude permet d’embrasser la situation mais reste trop générale pour tirer des conclusions précises : on ne sait pas si cet antisémitisme vient de milieux musulmans radicaux, s’il correspond au vieil antisémitisme des catholiques très conservateurs ou s’il est d’un genre tout nouveau.
- Dans un article sur le site Causeur.fr intitulé Mgr Williamson n’a jamais existé, François Miclo fait remarquer qu’on ne peut pas raisonnablement l’appeler Monseigneur puisqu’il n’y a que lui et quelques énergumènes pour reconnaître ce titre. [↩]
- Ce sondage est accessible ici. J’en ai été informé par une amie qui l’avait découvert sur cette page. [↩]
- L’électorat du Front National, tout comme celui de l’extrême-gauche, est un électorat contestataire, généralement peu éduqué et peu rémunéré. [↩]

Un commentaire
Bravo,
très intéressant sondage, à prendre avec des pincettes, bien sûr.
Il aurait été intéressant d’avoir des résultats en fonction des convictions religieuses également : quelle proportion parmi les musulmans aurait été classée dans “antisémite” ?
Quelle leçon y’a-t-il à tirer de tels sondages ? Comment les utiliser pour faire évoluer les choses ?