Conférence internationale des clowns

Il ne fallait pas aller à Durban II.

Les délégations à Durban II.

Cinq délégations à Durban II en habit d'apparat.

Sans surprise, la conférence de Genève qui succède à la conférence de 2001 à Durban, Afrique du Sud, n’aura servi à rien. Rien, si ce n’est à montrer une fois de plus à quel point l’idée de mettre les États sur pied d’égalité pour les questions de morale politique est un vœu pieux… ou une sottise.

À Durban I certains États avaient saisi l’occasion pour transformer la conférence en véritable tribune contre l’Israël et l’Occident. Ils visaient, en termes techniques, à rétablir une ancienne résolution de l’ONU de 1975 qui assimilait le sionisme au racisme. Cette résolution avait été abrogée en 1991 lors de la conférence de Madrid. En 2001, certains pays africains s’étaient aussi mis en tête de réclamer des excuses individuelles aux pays européens pour leur passé esclavagiste, revendication contestable sur le fond et sans grand rapport avec le sujet de la conférence.

Cette semaine, la conférence s’est tenue en l’absence de grands pays tels que les Etats-Unis et l’Allemagne1 Comme prévu, le discours du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui a décrit Israël comme le « régime le plus raciste » a provoqué le départ des vingt-trois délégations européennes présentes, dont la France, sous les huées ou les applaudissements du public. Les réactions occidentales ont été fermes même si le gouvernement français a annoncé, de façon surprenante, son intention de rester dans la conférence.

Extrait du discours de M. Ahmadinejad et sortie des délégations européennes.

Cette bienveillance française est surprenante dans le sens où elle s’oppose à un sentiment général de l’opinion, de droite comme de gauche, qui n’a pas caché son scepticisme à l’égard de cette conférence. Elle est pourtant classique. L’éditorialiste du Figaro, Ivan Rioufol, appelle cela le “syndrome du Noctilien“, en référence à la vidéo de l’agression d’un étudiant2 dans un bus de la RATP : ce refus de voir un choc, une opposition frontale, en l’occurrence culturel entre l’Occident et le gouvernement iranien, au risque de transformer une réunion de bonnes volontés en parade d’hypocrites. Le document final adopté mardi ne contient plus les références hostiles à Israël ou sur la diffamation des religions. Mais le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, admet que “ce n’est pas parfait“.

La question fondamentale posée par les frictions entre les pays arabo-musulmans et les pays occidentaux est celle de la viabilité d’une conférence internationale sur le racisme. Ce pour deux raisons. Le sens du mot “racisme” peut être largement galvaudé et justifier des atteintes claires à la libertés (d’expression notamment) comme avec le projet de condamner la diffamation des religions. Ainsi, plus de caricatures du prophète Mahomet et, accessoirement, plus de caricatures de l’Église catholique, sport national français. En outre, le thème de cette conférence est la porte ouverte à toutes les revendications victimaires, vraies ou supposées, des peuples dont les gouvernements considèrent qu’ils ont été opprimés. En clair, le racisme passé risque d’entrer à l’ordre du jour présent. Mais cette conférence est critiquable parce qu’elle réunit des gouvernement dont la tolérance est clairement variable. Réunir la France, l’Iran et l’Arabie Saoudite sur le thème de la tolérance tient de la mauvaise plaisanterie.

Ainsi, la philosophie de l’ONU, qui consiste en l’égalité des États, lorsqu’il s’agit de faire de la  pure politique, cynique, froide, raisonnée et guidée par les intérêts nationaux, est pertinente et justifiée. En revanche, elle est complètement inadaptée en matière de morale politique, à moins d’admettre qu’il y a plusieurs types de droits de l’Homme et de sombrer ainsi dans un relativisme qui pourrait tout justifier…

  1. Ainsi que l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas. []
  2. L’agression de cet étudiant de Sciences Po a donné lieu à plus de débat sur la question “Fallait-il diffuser la vidéo ?” que sur la question de la sécurité et, accessoirement, de l’efficacité de l’action de l’État dans ce domaine. []

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2 commentaires

  1. Hipollyte
    Le 18 novembre 2009 à 15:19 | Permalien

    Pensez-vous, cher ami, qu’il ne faille discuter ni avec la Libye, ni avec l’Iran, ni avec la Biélorussie, ni avec la Corée sous prétexte que ces nations sont dirigées par des despotes et qu’elles ne partagent pas, ou du moins pas totalement, nos valeurs ?

    Cordialement,

    Hipollyste

  2. Nicolas Pothier
    Le 27 novembre 2009 à 18:10 | Permalien

    Je ne pense pas qu’il faille rompre des liens avec ces pays, car nous avons des intérêts à défendre et nous devons bien accepter ces différences.
    Cela dit il me semble inutile de discuter de sujets à la frontière entre la politique et la morale car cela ne mène strictement à rien.

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